La croix et la sphère sont deux figures géométriques comparables, en ce qu’elles renvoient toutes deux à une conception précise du mouvement. Dans l’antiquité grecque, la sphère est une représentation de la perfection : elle n’a ni commencement ni fin, elle est pur mouvement, mouvement perpétuel, cyclique, linéaire, rotation libre. Dans cet éternel retour, il n’y a ni changement, ni altération, ni dégradation. C’est un circuit fermé, parfaitement déterminé, entièrement nécessaire, à l’abri de tout hasard. La sphère désigne la perfection, et décrit le divin : Contempler les cieux, « écouter la musique des sphères », comme disent les mathématiciens grecs, c’est s’élever. C’est pourquoi l’astronomie est une des sciences les plus nobles dans l’Antiquité.

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La croix est une autre figure géométrique, opposée à la sphère. Ce qui définit la croix, toutes les croix, c’est le croisement de segments qui ne poursuivent pas la même trajectoire. D'abord il y a un commencement et une fin (ce sont des segments, non des droites), c’est-à-dire un devenir. Ensuite il y a ce croisement ou ce chevauchement, c’est-à-dire une trajectoire quelconque marquée par la rencontre. Dans ce croisement qui est un temps d’arrêt, une pause, une rupture, naît une dynamique qui n’a rien de commun avec le mouvement de la sphère : c’est un mouvement non linéaire, presque aléatoire, hésitant, indéterminé, parce que la croix décrit un milieu ouvert où se pose la question du choix et du doute, c’est-à-dire de la liberté. Ce mouvement est une véritable dynamique en ce qu’il n’exclut ni l’inertie ni la précipitation.

La sphère décrit le pur mouvement, inéluctable, inaltérable. La croix décrit la dynamique née de la rencontre, des destins croisés. La sphère, c’est le divin : nécessité et perfection. La croix, c’est l’humain : contingence et liberté.

L. D.